Savoir qu'on est fait·e pour plus, sans savoir comment commencer

Grandir dans un environnement qui te mets en mode de survie constamment, ça impacte directement la confiance en soi. En fonction de la gravité des situations, ça peut partir plus loin, comme moi qui ai été suivie par le système de protection à la jeunesse. On m'a catégorisée pendant des années comme la fille traumatisée qui sera marquée à vie. Les gens se rendaient compte de la douleur et des difficultés que j'avais traversées et projetaient leur manque de résilience et force mentale sur moi.

Comment une gamine de 16 ans dépressive, victime de violences physiques, psychiques et sexuelles pouvait s'en sortir et devenir une adulte responsable et épanouie si eux-mêmes ne l'étaient pas, malgré qu'ils aient vécu moins que moi?

On me partageait toujours les mêmes jugements et préjugés : « Fais attention aux garçons », « Sors pas avec un dealer », « Ah tu as commencé la photo? Fais attention à ne pas devenir modèle, ça risque de tourner vers la prostitution ». Pleins de petites phrases rabaissantes qui m'ont fort marquée et impactée en tant qu'ado qui avait déjà du mal à faire confiance à la vie et à un futur meilleur.

Finalement, j'ai commencé à avoir la haine. Ce sentiment d'injustice de ne pas pouvoir faire les études que je voulais dans la paix et la stabilité, le fait de toujours être rabaissée à mon physique et mes traumas. J'ai toujours eu du mal avec la colère, parce qu'elle était la source de tellement de mauvais souvenirs grandissant. Mais j'ai réalisé que cette haine rallumait doucement une flamme en moi. J'avais quelque chose à prouver, je voulais montrer que j'étais capable de sortir de la dépression, capable de poursuivre mes ambitions. Cette colère que j'ai tellement refoulée, j'ai appris à l'apprécier et l'utiliser. J'avais une revanche à faire envers la vie.

J'ai réalisé que je connaissais déjà le résultat de vivre entre la dépression et la distraction. Je savais vers quel type de relations, d'amitiés, de style de vie ça allait m'amener. Donc j'ai décidé que j'allais me donner à fond sur la création d'une vie qui vaut la peine d'être vécue.

Je me suis reconnectée à mes rêves d'enfance, j'ai écrit toutes les choses que je voulais accomplir, quel type de femme je voulais être, l'artiste et l'athlète que je voulais être, comment je voulais impacter et inspirer le monde. Et j'ai commencé à étudier les personnes qui m'inspiraient. Comment elles pensaient, s'habillaient, s'exprimaient à travers leurs arts, les interviews, les documentaires, etc. J'ai pris conscience des difficultés qu'elles traversaient, les périodes de doutes, les échecs, les refus, les divorces ou relations toxiques, la pression, etc. J'ai réalisé qu'au final c'était surtout une question de foi et de détermination. Tant que je m'arrêtais pas, il n'y avait aucune raison pour moi de ne pas réussir.

J'ai appris quelles étaient les lois du succès, comment je pouvais créer la liberté que je voulais. Ça m'a naturellement menée vers l'entrepreneuriat et le business. Le fait de construire un business qui m'appartient me permettrait de faire quelque chose qui me ressemble, qui évolue avec moi, qui crée de l'emploi pour les personnes qui en ont besoin dans une culture de travail qui porte mes valeurs et mon énergie.

Et ce nouvel objectif m'a soignée. Ça m'a forcée à libérer toutes les parties de moi qui ne me servaient plus pour pouvoir incarner les caractéristiques de la femme qui crée ces business-là. Des business qui expriment l'exigence que j'ai envers moi, qui créent des souvenirs, de l'évolution dans la vie de chaque employée, et qu'à travers ma transparence ils se rendent compte que oui, je suis la boss, mais je suis surtout juste une petite fille qui rêve grand et qui utilise l'ambition comme moteur pour impacter le monde à ma manière.